Marcel Jeanson, industriel et bibliophile français passionné par les oiseaux et la chasse, avait réuni entre 1920 et 1939 une bibliothèque de vénerie exceptionnelle. 
Certains experts ont pu la décrire comme "la plus belle qui soit au monde"..."la mieux sélectionnée et la plus riche en mémoires et en recueils de planches originales, tant français qu'étrangers, à la fois les plus beaux de notre temps comme les plus précieux des siècles passés."


Homme passionné, généreux et enthousiaste, Marcel Jeanson ne pouvait se contenter de la contemplation des merveilles qu'il avait rassemblées. Il lui fallait à son tour participer au mouvement créateur. C'est ainsi que germa dans son esprit le projet des "Oiseaux de France". Comme il l'écrit lui-même :
 
"dès que nos artistes et nos artisans sont dégagés des gros soucis que comporte pour eux l'inéluctable besoin de vivre, les voyons-nous créer à leur tour des merveilles et ajouter de nouveaux maillons à la chaîne sans fin que construit un merveilleux atavisme.C'est pour démontrer la permanence de l'art français dans une de ses manifestations: l'Ornithologie, qu'est née l'idée, puis la réalisation de cet ouvrage." 



C'est dans son gabion de la Baie de Somme, le 10 mai 1935 qu'il confia à Roger Reboussin l'exécution de la série peinte de tous les oiseaux de France, tant sédentaires que passagers réguliers et accidentels bien avérés.

Pourquoi avait-il choisi Reboussin ?
Voici ce qu'il écrivait dans son projet de préface :
 
"Mais une constatation essentielle s'impose: jusqu'au XXème siècle, jamais les artistes n'ont su rendre la vie des oiseaux. Tous les recueils se ressemblent par un défaut commun: la monotonie des planches où les sujets sont reproduits inertes, sans vie, en quelque sorte empaillés, à une époque où on empaillait peu et mal. La plupart de nos artistes animaliers depuis un demi-siècle, ont cherché à s'évader de cette platitude, et ils ont compris qu'il fallait apporter à l'oiseau la solution que l'école impressionniste avait su heureusement apporter à l'art et à la peinture.

Roger Reboussin, artiste fin et délicat, nul ne connaît l'oiseau mieux que lui, nul ne l'aime davantage, nul n'a su saisir à son égal le geste, l'allure, le regard, les attitudes si particulières à chaque individu. Et un vieux chasseur ayant passé sa vie dans la contemplation des oiseaux évoluant devant son hutteau, son gabion, ses marais, landes et plaines n'ignore rien de ces attitudes si caractéristiques, et il est ému lorsqu'il les retrouve fidèlement transcrites par le pinceau délicat d'un grand artiste. C'est cette émotion qui constitue toute la valeur de l'oiseau ici représenté. Elle retrace un immense effort de volonté, de travail, et de persévérance
."

 
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